L'any 1945 Albert Camus i Víctor Alba —pseudònim del periodista i escriptor Pere Pagès, militant del POUM — treballaven junts a París, al diari de la resistència Combat. Els dos autors van parlar de Joan Maragall i Camus va proposar-se traduir al francès els seus millors poemes. D'aquí neix aquesta traducció del Cant espiritual, que Camus va poder fer gràcies als primers esborranys d'Alba i al fet que podia llegir català.

I és que l'àvia d'Albert Camus havia nascut a Sant Lluís (Menorca) i havia emigrat a Algèria com milers de menorquins a finals del segle XIX. La mare de Camus, Catalina Sintes Cardona (1882-1960), va néixer a Birkadem (un poblet a prop d'Alger) i va casar-se després amb Lucien Auguste Camus (1885-1914) —que moriria al front durant la primera guerra mundial quan Albert Camus només tenia un any.

La traducció d'aquest poema podeu trobar-la a l'Annex de Sobre el Cant Espiritual de Joan Maragall, de Jordi Bachs (El Quadern 56 de la Fundació Joan Maragall).

 

Chant spirituel

 

Si le monde est déjà si beau, Seigneur, quand on le contemple
De cet œil où vous avez mis votre paix,
Que nous donnerez-vous de plus, dans une autre vie?


Voilà pourquoi je suis si jaloux des yeux et du visage,
Du corps que vous m’avez donné, Seigneur,
Et due cœur qui toujours y remue… j’ai si peur de la mort!


De quels autres yeux me ferez-vous voir
Ce bleu de ciel sur les montagnes,
La mer immense, et le soleil qui enflamme tout?
Rendez-moi sensible la paix éternelle
Et je ne voudrais d’autre ciel que ce ciel bleu.
Celui qui ne veut fixer aucun moment,
Sinon l’instant qui lui apporte la mort,
Je ne le comprends pas, Seigneur, moi qui voudrais
Arrêter tous les moments du jour
Pour les éterniser dans mon cœur.
Peut-être cette éternité est-elle déjà la mort?
Mais alors, que serait la vie?
L’ombre seulement du temps qui passe,
L’illusion du proche et du lointain,
Le calcul du beaucoup et du peu et du trop
Mensonge pour finir puisque toute chose est à jamais donnée.


Qu’importe! Ce monde tel qu’il est
Si divers, spacieux et périssable
Cette terre et tout ce qui s’y crée
C’est ma patrie, Seigneur!


Puisse-t-elle être aussi ma patrie céleste.
Homme je suis, humaine est ma mesure
Pour tout ce que je puis croire et espérer ;
Si ma foi et mon espérance s’arrêtent ici,
M’en ferez-vous ailleurs une faute?


Ailleurs, je vois le ciel et les étoiles,
Et là aussi, je voudrais être.
Mais si vous avez fait les choses si belles à mes yeux,
Si vous avez fait mes yeux pour elles,
A quoi bon les fermer, cherchant un autre 'comment'
Quand pour moi, ce monde est irremplaçable?


Je sais bien, Seigneur, que vous êtes,
Mais qui sait où vous êtes ?
Tout ce que je vois prend en moi votre visage…
Laissez-moi donc croire que vous êtes ici.
Et, quand viendra cette heure d’angoisse
Où mes yeux d’homme se fermeront,
Ouvre-moi, Seigneur, d’autres yeux plus grands
Que je contemple votre face immense
Et que la mort me soit une plus grande naissance!